Péninsule Ibérique, horizons pluriels
Par Yannick PREVIDENTE
Photographie David COPPIETERS
Le voyage comme regard
Et si, pour une fois, nous partions sans choisir une seule destination ? Traverser une péninsule, suivre la route et laisser les paysages se succéder au gré des kilomètres : le périple possède cette saveur particulière des voyages où le chemin compte autant que l’arrivée. C’est cette liberté que David Coppieters a choisi en parcourant durant trois semaines la péninsule Ibérique, son Leica à la main. De cette échappée, il rapporte bien plus qu’un carnet d’images. Son œil nous invite à ralentir, à saisir une lumière, une atmosphère, un détail que nous n’aurions peut-être pas remarqué. À regarder, finalement, avant de vouloir arriver. Car voyager ainsi, c’est accepter une part d’inattendu. Se laisser surprendre par ce qui n’était pas au programme, s’arrêter sans raison et découvrir que les souvenirs les plus précieux naissent parfois entre deux destinations. Une autre façon de partir, que nous vous invitons à suivre à travers son regard.
L’Atlantique en ouverture
De Saint-Sébastien à la Galice, la route semble ne jamais vouloir choisir entre la montagne et l’océan. À San Juan de Gaztelugatxe, la roche plonge dans l’Atlantique avant que les Picos de Europa ne viennent refermer l’horizon. Aux lacs de Covadonga, le silence et la brume succèdent au fracas des vagues. Puis la mer revient. Cudillero, Luarca, la Praia das Catedrais… autant d’étapes qui rappellent que les plus beaux détours sont parfois ceux que l’on n’avait pas imaginé. Un port encore assoupi, quelques maisons accrochées à une colline, une arche creusée par la mer : ici, le voyage tient souvent à presque rien.
Le Portugal en mouvement
Passer une frontière par la route possède un charme particulier. Le paysage ne change pas brusquement ; il se transforme doucement. Les couleurs apparaissent, les façades se couvrent d’azulejos et bientôt Porto descend vers le Douro dans cette élégance légèrement patinée qui lui appartient. Aveiro, Nazaré, puis Lisbonne prolongent le mouvement. On suit les canaux, on retrouve l’océan, on se perd dans des rues que les tramways semblent connaître par cœur. Et tandis que l’on cherchait peut-être les grandes images, le regard s’attarde ailleurs : sur une fenêtre ouverte, une ombre, un passant. Ces petits riens qui finissent souvent par devenir nos plus beaux souvenirs.
Vers les terres intérieures
Quitter Lisbonne, c’est aussi voir peu à peu l’océan s’éloigner. La route s’étire vers le Sud, franchit à nouveau la frontière et retrouve l’Espagne sous une lumière plus chaude. Séville s’offre comme une halte, le temps de goûter à son élégance andalouse, avant que le voyage ne reprenne vers le Nord. Au fil des kilomètres, les horizons changent. Les paysages se font plus arides, les couleurs plus minérales et les longues routes invitent à poursuivre toujours un peu plus loin. C’est aussi cela, le charme d’un périple : voir un territoire se transformer presque imperceptiblement, jusqu’à se dessiner, au loin, les premières pierres de Tolède.
La pierre pour mémoire
Avant Tolède, la route réserve une apparition presque irréelle. Sur les hauteurs de Consuegra, les moulins de Don Quichotte veillent sur les plaines de la Mancha et convoquent tout un imaginaire. Quelques kilomètres plus loin, Tolède prolonge ce voyage dans le temps, dressée au-dessus du Tage dans un entrelacs de pierres et de ruelles.Après les horizons ouverts et les lumières du Sud, le regard se rapproche. Une porte, une marche usée, une façade marquée par les siècles racontent une histoire plus vaste. Chaque étape semble alors porter un peu de la précédente, comme si la route écrivait elle-même le récit du voyage.
Bardenas, l’abstraction terrestre
Puis viennent les Bardenas Reales. Après les ports, les villes et les montagnes, le décor semble soudain s’effacer. Il ne reste presque plus que la terre, le ciel et une route qui disparaît au loin. Dans cette immensité minérale, le voyage retrouve quelque chose d’essentiel. On avance simplement pour découvrir ce qui se cache derrière le prochain relief. Et l’on comprend peut-être alors ce que la route nous enseignait depuis le départ : le plaisir n’était pas seulement d’atteindre Porto, Lisbonne ou Séville, mais de découvrir tout ce qui existait entre elles.
Revenir, regarder autrement
Lorsque Saint-Sébastien réapparaît enfin, la boucle est bouclée. Pourtant, le voyage ne se résume déjà plus à la succession des lieux traversés. Il reste une lumière aperçue au détour d’une route, un café pris sans regarder l’heure, le silence d’un matin face à l’océan ou cette envie soudaine de s’arrêter là où rien n’était prévu. C’est peut-être là tout le charme du périple : partir pour plusieurs destinations et revenir avec un seul voyage. Car lorsque l’on accepte de laisser un peu de place au chemin, ce sont souvent les instants que l’on n’avait pas imaginés qui nous accompagnent le plus longtemps.
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