Il est des cuisines où l’on vient chercher une recette et d’où l’on repart avec une émotion. À Lille, Flora cultive cette délicatesse des plaisirs simples et partage, sous le nom de By Flora B, un univers qui séduit une communauté toujours plus fidèle. Créatrice passionnée, elle fait dialoguer gourmandise, sensibilité et art de vivre avec ce naturel qui donne aux choses ordinaires un supplément d’âme. Une pâtisserie encore tiède, quelques légumes apprêtés avec intuition, une table que l’on prend le temps de dresser : chez Flora, tout semble commencer par le plaisir de faire plaisir.
Par Yannick PREVIDENTE
Photographe David COPPIETERS
La cuisine est sans doute la meilleure porte d’entrée dans l’univers de Flora. Non pas parce qu’elle résumerait son histoire, mais parce que tout semble s’y retrouver. Le goût des autres, d’abord. Celui des choses simples, ensuite. Chez Flora, une recette naît souvent d’un souvenir. Un parfum familier, une saveur d’enfance, cette émotion fugace que l’on croyait oubliée et que quelques ingrédients suffisent parfois à réveiller. Professeure des écoles, Flora passe naturellement d’un monde à l’autre. La transmission constitue peut-être le lien le plus intime entre ces deux vies. Expliquer avec bienveillance et donner suffisamment confiance pour que chacun ose essayer. En cuisine aussi, elle préfère ouvrir des chemins plutôt que dicter une conduite. Profondément gourmande, Flora aime surtout l’idée que personne ne devrait avoir à rester à l’écart du plaisir de passer à table. Ses recettes se font volontiers sans gluten, sans lactose ou végétales, ouvrant ainsi le champ des possibles à ceux pour qui certains ingrédients ne sont tout simplement pas une option. Loin d’en faire un principe ou une revendication, elle préfère chercher, adapter, expérimenter, jusqu’à retrouver ce qui compte vraiment : le goût, la générosité et le plaisir intact de la gourmandise. Une générosité qui, chez elle, se conjugue aussi avec une certaine idée de l’accessibilité. Car le plaisir de bien cuisiner ne devrait pas davantage être une question de moyens. Flora aime alors regarder autrement ce qui est déjà là : quelques légumes de saison, un fruit arrivé à maturité, des épices bien choisies deviennent matière à création. Cette façon de faire, simple sans être simpliste et toujours sans posture, a peu à peu fédéré autour d’elle une communauté fidèle. Une fidélité qu’elle entretient avec la même attention que ses recettes. Sur son blog comme sur ses réseaux, Flora répond, conseille, écoute et prend le temps d’échanger. Chaque assiette devient alors une invitation au partage.
Transmettre le goût, naturellement
Chez Flora, transmettre commence souvent par un geste simple, une recette que l’on explique et l’envie de voir l’autre oser à son tour. De la salle de classe à la cuisine, le même fil se dessine, celui d’un savoir qui ne prend vraiment vie qu’une fois partagé. Cette envie s’est naturellement glissée entre les pages de deux premiers livres. Avec « Légumes, épices & love », elle célèbre en quatre-vingts recettes un végétal vibrant, réveillé par les parfums des épices. Puis « Les recettes de la mythologie grecque » entraîne la gourmandise vers les récits antiques, où quarante créations viennent réveiller dieux, héros et légendes. Deux échappées différentes, traversées par le même plaisir de raconter, d’éveiller la curiosité et de donner envie de passer à table.
Au bout des doigts
À mesure que l’on découvre Flora, la cuisine cesse pourtant d’occuper seule le paysage. Dans un espace plus intime apparaissent le dessin, l’illustration et la peinture, comme autant de respirations qu’elle préserve pour elle. Le crayon et le pinceau lui permettent de ralentir, d’observer autrement et de suivre une idée sans nécessairement savoir où elle conduira. Cette sensibilité affleure jusque dans ses assiettes, dans une composition, une nuance, cette attention instinctive portée à ce qui est beau sans chercher à l’être. On devine alors que cuisiner et dessiner ne sont que deux gestes d’une même histoire : regarder, ressentir, puis donner forme.
Le temps d’une face
Il suffit encore de déplacer le regard pour apercevoir quelques vinyles et comprendre une autre part du personnage. La pochette que l’on manipule, le disque que l’on pose, le léger crépitement avant les premières notes : Flora aime tout ce que l’écoute numérique a presque fait disparaître. Choisir un disque oblige à s’arrêter un instant. À écouter vraiment aussi, plutôt qu’à laisser simplement la musique passer. Il y a là, une tendresse pour une époque où les plaisirs ordinaires avaient leur cérémonial et où nos aïeux savaient encore accorder du temps au temps. Une face de vinyle, un dessin, une recette qui mijote : chez Flora, les choses que l’on aime semblent décidément mériter que l’on reste un peu.
Et laisser venir la suite
Lorsqu’on évoque demain, Flora ne semble pas vouloir en tracer trop précisément les contours. La cuisine reste son territoire de prédilection, tandis que d’autres envies culinaires et artistiques commencent doucement à réclamer leur place. Créer davantage, transmettre autrement et faire dialoguer ses passions nourrissent aujourd’hui le désir de vivre pleinement de cet univers. Sans abandonner cette simplicité ni la proximité avec ceux qui l’accompagnent depuis le début. On quitte alors Flora avec le sentiment que la suite est déjà là, quelque part. Il lui reste simplement à lui donner forme.
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